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Histoire du Thé : l’Asie, Berceau d’un Art Millénaire

L’histoire du thé plonge ses racines dans le passé lointain de l’Asie. Quiconque souhaite en égrener les pages doit savoir qu’il ne s’agit pas d’une histoire ordinaire. En effet, c’est celle d’une boisson millénaire qui a traversé tous les continents. Elle les a unis parfois, déchirés souvent, mais a conquis le cœur de tous. Dès que l’on s’intéresse aux origines du thé, on comprend vite une chose. Il est bien plus qu’un breuvage destiné à étancher la soif. Depuis ses origines, son développement a été la recherche constante d’un art de vivre, d’une subtilité et d’une délicatesse extrêmes. Dans ce premier épisode de notre série sur l’histoire du thé, nous remontons aux sources chinoises. Au programme : les premières mentions dans les textes anciens, l’essor sous les Han, le monopole d’État du VIIIe siècle et la conquête des peuples nomades. Ainsi, vous comprendrez comment une simple feuille a façonné des pans entiers d’une civilisation.

Le commerce du thé a façonné des siècles d’échanges entre l’Asie et le reste du monde

Une boisson asiatique à l’heure européenne

Née en Asie, cette boisson nous enveloppe de sa chaleur et de ses arômes. Très vite, elle a séduit les palais européens en quête de douceur. En effet, ces derniers avaient coutume de consommer des vins doux et sirupeux, comme l’hydromel, qui faisaient florès sur le pourtour méditerranéen. Ainsi, le thé, en compagnon raffiné du sucre, ne tarda pas à les conquérir. En outre, sa pointe d’amertume n’était pas dénuée de charme. Bientôt, il devint la boisson préférée des cours et des peuples européens.

Tea, Mary Cassatt (1879-1880) : le thé comme rituel social dans la culture occidentale

Or, à travers lui, c’est un peu de l’esprit et de la philosophie asiatiques qui s’invite en Europe. Tandis que la cour de France gagne en délicatesse autour des tasses ambrées, l’Angleterre transforme ses habitudes grâce au thé. Notamment, il devient une alternative appréciée à l’alcool parmi le peuple. Également, il est un instrument de domination culturelle et économique dans les colonies. Pourtant, ce regain ne fut pas sans sacrifice. En adoptant la boisson millénaire, les Européens ont perdu un peu de la délicatesse de sa culture asiatique originelle. C’est d’ailleurs pourquoi l’histoire du thé se lit en partant de l’Asie, et non de Londres ou de Versailles. Par exemple, le philosophe Norbert Elias parlait de « civilisation des mœurs » : le thé en est l’une des illustrations les plus parlantes.

Les premières mentions du thé dans les textes chinois

Le thé est le fruit de siècles d’expériences, transmises de génération en génération par des paysans ingénieux qui maîtrisaient l’art de la patience. Or, il occupe dès ses origines une place centrale dans la culture chinoise. À l’aune de son importance, il n’est donc pas surprenant que sa naissance soit auréolée d’un halo de légendes. Nous les abordons en détail dans notre article sur les légendes du thé.

Bodhidharma, moine bouddhiste au cœur de l’une des plus célèbres légendes du thé

Au-delà de la légende, les textes anciens donnent eux aussi des indications précieuses sur l’apparition de cette plante fabuleuse. Ainsi, le Er’ya, un dictionnaire de chinois ancien, atteste de l’emploi de « feuilles en infusion ». La tradition le fait remonter au XIIe siècle avant notre ère. C’est la première mention connue de cette pratique consistant à plonger des plantes dans l’eau chaude pour en révéler les parfums.

Ensuite, à l’époque de Confucius, au VIe siècle avant notre ère, une herbe appelée « Tu » apparaît dans le Shi Jing. Ce recueil est aussi appelé Livre des Chants. Elle aurait été utilisée comme offrande aux ancêtres. Très tôt donc, le thé revêt une dimension spirituelle et presque sacrée. Enfin, les textes anciens rapportent qu’un certain Kwunyin, disciple de Lao-Tseu, en offrait à ses hôtes au Ve siècle avant notre ère. Une fois encore, le prestige du thé n’est pas à démontrer. En effet, il est servi en signe d’hommage et de respect aux invités d’un homme de haut rang. Autrement dit, thé et hospitalité sont intimement liés, et ce dès les origines.

L’expansion du thé en Chine sous les Han et les Six Dynasties

Très tôt dans l’histoire de la Chine, le thé joue un rôle de premier ordre. En effet, dès le Ier siècle avant notre ère, l’Empire connaît une réelle expansion sous les Han, grâce à un essor économique sans précédent. Dès lors, la Chine s’affirme et marque sa prééminence auprès de ses voisins. En 108 avant notre ère, elle constitue des commanderies dans le nord et le centre de la Corée. Ainsi, l’Empire s’étend de la mer du Japon jusqu’aux régions de Kunming, et du Yunnan aux frontières de la Birmanie. Au sud, Canton se développe elle aussi en commerçant avec l’Inde et Java.

Concert de palais : la culture du thé accompagna l’essor artistique de la Chine impériale

Le thé et la soie apparaissent comme des cartes maîtresses dans cette croissance nouvelle. En effet, ils furent les deux matières premières les plus échangées de l’époque. La boisson ambrée poussait naturellement dans ces régions au climat propice. Par conséquent, son commerce débuta avec une grande évidence. De son côté, la soie était déjà fortement convoitée, auréolée de ses parfums de luxe. De ce fait, elle s’arrachait à grand prix. Par voie de mer, l’Inde faisait le pont entre la Chine et la Méditerranée. Par voie de terre, la célèbre Route de la Soie reliait le fleuve Jaune aux terres européennes, par l’Asie centrale et la Syrie.

Le thé, moteur économique et agricole de la Chine du Sud

Au IVe siècle de notre ère, pendant la période dite des Six Dynasties, le thé poursuit son expansion. Notamment, il se répand peu à peu vers le sud, alors en paix et prospère. En revanche, sa percée vers le nord est contrariée par les troubles qui agitent encore les régions septentrionales. Ainsi, il serait à cette époque la boisson préférée des habitants de la vallée du Yang Tsé Kiang.

De grands défrichements ont alors lieu dans cette vallée, ainsi que dans celles de la Wei et du Se-Tchouan. Ensuite, une agriculture plus élaborée voit peu à peu le jour. De la sorte, la culture du thé contribue à impulser un développement agraire et économique nouveau. D’ailleurs, ces terroirs du Sud sont encore aujourd’hui ceux des grands crus chinois. Notre guide pour choisir son thé vert de Chine vous en présente les principaux.

L’essor du thé reflète un fort développement politique

Si le thé fut un moteur de développement agricole, il accompagna également la croissance économique et le renforcement du pouvoir central. Boisson de prestige, sa dégustation tenait plus de l’art que de la simple gourmandise. De plus, son commerce connaît un essor extraordinaire à mesure que l’Empire assoit son pouvoir en Asie.

Culture et préparation du thé en Chine : le thé, pilier économique de l’Empire

Dès le VIIe siècle, la Chine accroît considérablement son influence sur tout le continent asiatique. Ainsi, le Cambodge, la Corée et la Transoxiane reconnaissent la suzeraineté chinoise. Également, de grands travaux d’infrastructures sont menés afin de faciliter les échanges. Par exemple, un canal reliant le Bas Yang Tsé à la vallée de la Wei et au fleuve Jaune est bâti. Par la suite, il joue un rôle déterminant dans une expansion dont l’apogée, au VIIIe siècle, fait rayonner la Chine comme jamais auparavant. En effet, elle devient un carrefour de civilisations, mêlant les influences de l’Asie centrale à celles de l’Inde et de la Perse. C’est à cette richesse culturelle que le VIIIe siècle doit son appellation d’« Âge d’Or ». Nous y reviendrons en détail dans l’épisode consacré aux T’ang et à Lu Yu.

La taxation du thé et la « monnaie volante » au VIIIe siècle

Les échanges commerciaux se développant très fortement, les produits les plus prisés furent lourdement taxés. Par exemple, ce fut le cas du thé qui, en 793, devient un monopole d’État, comme le sel et l’alcool avant lui. À la fin du VIIIe siècle, le commerce du thé représente 12 % de celui du sel. Cela peut paraître peu de prime abord. Toutefois, les revenus du sel étaient tels à l’époque que ce montant est en réalité considérable. De fait, le thé est devenu la boisson la plus courante du peuple chinois au cours de ce siècle.

En outre, un système de crédit nouveau et révolutionnaire, le feiqian ou « monnaie volante », dynamise les échanges entre provinces. Concrètement, les marchands de thé viennent en nombre livrer leur marchandise dans la capitale. En échange, ils reçoivent des reconnaissances de dettes sur papier. Puis, de retour dans leur province, ils échangent ce papier contre des espèces sonnantes et trébuchantes. Ainsi, le transport d’argent sur de longues distances est limité, ce qui sécurise les échanges. Toutes les conditions sont donc réunies pour le formidable essor du commerce du thé aux VIIIe et IXe siècles.

Le thé devient la boisson commune des peuples d’Asie

Dès le Xe siècle, l’Empire connaît des turbulences. En effet, les régions du nord s’agitent et traversent des périodes troubles. Toutefois, ces soubresauts politiques ne sauraient contrarier le commerce du thé, qui poursuit son ascension. Les provinces maritimes et celles du sud, autour du Yang Tsé, continuent leurs échanges imperturbablement. Par exemple, Canton connaît alors un essor véritable : elle accroît sa production de soieries et dynamise ses exportations de thés vers le nord.

La cueillette du thé, par Li Mei-shu : un geste millénaire au cœur de la civilisation chinoise

Une ère de prospérité réelle et durable s’ouvre au sud, et ce jusqu’aux conquêtes mongoles du XIIIe siècle. Par conséquent, le thé a toute latitude pour s’imposer comme une habitude de consommation solide et un marqueur civilisationnel fort. De fait, il conquiert tous les peuples qui traversent ou s’installent dans les régions chinoises au fil des siècles. Ainsi, Mongols, Tartares, Turcs et nomades tibétains adoptent le thé comme boisson courante. Pour les nomades, il accompagne un quotidien fait de lait et de viande, le plus souvent sous forme de briques compressées. Cette forme, que l’on retrouve aujourd’hui dans le Pu Erh, le thé fermenté de Chine, voyageait bien mieux que la feuille en vrac.

Ce que nous apprennent les origines du thé

Ici s’achève la première page de notre voyage à travers l’histoire du thé. En résumé, bien plus qu’une simple boisson réconfortante, le thé fut un pilier de la civilisation chinoise, puis de celle d’autres peuples d’Asie. D’abord offrande et signe d’hospitalité, il devient tour à tour ressource agricole, produit d’exportation, monopole fiscal et monnaie d’échange. Trois enseignements se dégagent de cette première étape de l’histoire du thé. Premièrement, le thé a toujours été lié au pouvoir. Deuxièmement, il a voyagé avant tout sous forme compressée, ce qui explique la longévité des galettes de Pu Erh. Enfin, sa dimension spirituelle précède de loin sa dimension commerciale.

Vous découvrirez dans l’épisode suivant le rôle qu’il joua dans l’essor et le déclin des dynasties. Vous y verrez aussi la naissance d’un véritable art du thé avec Lu Yu. Et vous, quel épisode de l’histoire du thé vous intrigue le plus ? Dites-le-nous en commentaire.

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Questions fréquentes sur les origines du thé

❓ Quand le thé a-t-il été découvert ?

Les premières traces écrites de l’histoire du thé figurent dans le dictionnaire chinois Er’ya, avec la mention de « feuilles en infusion ». La tradition le date du XIIe siècle avant notre ère. Toutefois, la culture du thé en tant que boisson structurée se développe véritablement entre le IVe et le VIIIe siècle de notre ère. Les dynasties chinoises successives en sont le moteur.

❓ Qui a inventé le thé ?

Personne ne l’a « inventé » au sens strict : le thé est le fruit de siècles de pratiques paysannes en Chine du Sud. En revanche, la légende attribue sa découverte à l’empereur mythique Shen Nung, vers 2737 avant notre ère. Une feuille serait tombée dans son eau bouillante. De même, une autre légende, bouddhiste, met en scène le moine Bodhidharma. Enfin, ces récits sont détaillés dans notre article sur les légendes du thé.

❓ D’où vient le mot « thé » ?

Le mot « thé » dérive du chinois, et son étymologie raconte à elle seule un pan de l’histoire du thé. Selon les dialectes, la plante se nomme cha (mandarin, cantonais) ou te (dialecte min du Fujian). Les pays qui ont reçu le thé par voie terrestre utilisent des variantes de « cha » (chai, chay). En revanche, ceux approvisionnés par voie maritime depuis le Fujian emploient des variantes de « te » (thé, tea, tee).

❓ Pourquoi le thé a-t-il joué un rôle si important dans l’histoire de la Chine ?

Le thé réunissait plusieurs fonctions essentielles : boisson quotidienne du peuple, produit de luxe pour les élites et source majeure de revenus fiscaux (monopole d’État dès 793). De plus, il servait de monnaie d’échange avec les nomades et de symbole d’hospitalité. Cette polyvalence unique en a fait un pilier économique, politique et culturel de la civilisation chinoise.

❓ Comment le thé s’est-il diffusé hors de Chine ?

D’abord par la Route de la Soie et les routes maritimes vers l’Inde. Ensuite, par le commerce avec les peuples nomades (Mongols, Tibétains, Turcs), qui l’ont adopté sous forme de briques compressées. Par ailleurs, le Japon et la Corée le reçoivent par les moines bouddhistes. L’Europe, elle, ne le découvre qu’au XVIIe siècle grâce aux navires portugais et hollandais.

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