Connue depuis l’Antiquité grecque et égyptienne, la camomille est l’une des plantes les plus cultivées dans les jardins français. Ses petites fleurs blanches au cœur jaune d’or embaument l’été et se récoltent facilement pour préparer des infusions délicates. Mais saviez-vous qu’il existe deux types principaux de camomille ? Que la cueillette se fait à un moment précis de la journée pour préserver les arômes ? Ce guide complet vous révèle comment cultiver, récolter et sécher votre camomille maison. À la fin de cet article, vous saurez exactement quelle variété choisir pour votre jardin et comment obtenir une récolte parfumée année après année.

⚠️ Avertissement : Les informations de cet article portent sur la culture, l’histoire et les traditions associées à la camomille. Elles sont fournies à titre éducatif et ne constituent pas des conseils médicaux. Les usages traditionnels mentionnés ne sont pas validés scientifiquement. La camomille appartient à la famille des Astéracées : les personnes allergiques aux plantes de cette famille (marguerite, pissenlit, tournesol) peuvent présenter des réactions allergiques. Consultez un professionnel de santé pour toute question relative à votre santé.

Fleurs de camomille fraîches au jardin

Les 2 types de camomille : romaine et allemande

Lorsqu’on parle de camomille, on désigne en réalité deux plantes distinctes qui partagent la même famille botanique (les Astéracées) mais présentent des caractéristiques différentes. Comprendre ces différences vous aidera à choisir la variété la plus adaptée à votre jardin et à vos préférences gustatives.

Camomille romaine (Chamaemelum nobile)

Également appelée camomille noble, cette plante vivace basse atteint 10 à 30 centimètres de hauteur. Ses tiges rampantes forment un tapis végétal dense, parfois utilisé comme alternative au gazon dans certains jardins historiques anglais. D’ailleurs, les fleurs solitaires au bout de longues tiges présentent un capitule blanc aux pétales en ligules autour d’un cœur jaune bombé.

En infusion, cette variété développe un parfum prononcé et légèrement amer, bien distinct de sa cousine allemande. Ainsi, elle offre des notes herbacées marquées avec une pointe d’amertume caractéristique. Par ailleurs, son excellente rusticité (jusqu’à -15°C) permet une refloraison année après année sans intervention, ce qui en fait un choix idéal pour les jardins de plantes vivaces.

Camomille allemande (Matricaria chamomilla)

Aussi connue sous le nom de matricaire, cette plante annuelle se ressème naturellement. Plus élancée que la romaine (40 à 90 cm), elle forme des touffes dressées et ramifiées. En outre, ses fleurs se distinguent par leur cœur jaune creux et conique. Si vous coupez une fleur en deux, vous remarquerez cette cavité centrale, totalement absente chez la camomille romaine.

Côté arômes, cette variété offre un profil plus doux et légèrement fruité, avec des notes de miel et de pomme. C’est d’ailleurs elle qui domine dans le commerce des infusions, notamment en Allemagne et en Europe centrale. De plus, elle apprécie particulièrement les sols légers et sablonneux, colonisant facilement les espaces ensoleillés une fois bien établie.

Camomille en pleine croissance au jardin

Quelle camomille choisir pour votre jardin ?

Votre choix dépendra avant tout de vos priorités. Pour un jardin nécessitant peu d’entretien avec une récolte annuelle garantie, privilégiez la camomille romaine vivace. Elle formera un joli couvre-sol fleuri tout en vous offrant des récoltes pendant plusieurs années. En revanche, si vous recherchez une production abondante de fleurs au goût plus doux, optez pour la camomille allemande. Certes, elle devra être ressemée chaque année, mais elle produit davantage de capitules (ou se ressèmera spontanément si vous lui laissez de l’espace).

Tableau comparatif :

CaractéristiqueCamomille romaineCamomille allemande
Nom botaniqueChamaemelum nobileMatricaria chamomilla
TypeVivaceAnnuelle
Hauteur10-30 cm40-90 cm
Cœur de la fleurPleinCreux et conique
FloraisonJuin-septembreJuin-octobre
Profil aromatiqueAmer, herbacéDoux, fruité, miellé
Rusticité-15°CGèle en hiver (ressemis)
ProductionModéréeAbondante

Cultiver la camomille au jardin : mode d’emploi

Réputée pour sa rusticité, cette plante aromatique se cultive facilement, même pour les jardiniers débutants. En effet, elle demande peu d’entretien une fois bien établie et s’adapte à la plupart des climats tempérés français.

Exposition et type de sol idéal

Avant tout, cette plante apprécie le plein soleil. Offrez-lui donc un emplacement recevant au minimum 6 heures d’ensoleillement direct par jour. Cependant, dans les régions du sud de la France où les étés sont très chauds, une exposition mi-ombre l’après-midi (surtout pour la variété romaine) peut prolonger la floraison.

Concernant le sol, cette vivace tolère une large gamme de terres mais préfère les sols légers, bien drainés et légèrement sablonneux. Notamment, elle accepte sans difficulté les sols pauvres et calcaires, ce qui en fait une excellente candidate pour les jardins de gravier ou les rocailles. L’excès d’humidité stagnante demeure son principal ennemi : évitez donc les terres argileuses lourdes ou améliorez-les avec du sable et du compost.

Bien que le pH idéal se situe entre 6,0 et 7,5 (neutre à légèrement alcalin), cette plante rustique s’accommode de variations sans grande difficulté.

Semis et plantation : printemps ou automne

Pour la camomille romaine : Cette vivace se multiplie facilement par division de touffe au printemps (mars-avril) ou à l’automne (septembre-octobre). Prélevez des éclats de pieds mères avec quelques racines et replantez-les espacés de 20-25 cm. Alternativement, vous pouvez semer en godets au printemps : les graines germent en 10-15 jours à 15-20°C. Ensuite, repiquez en pleine terre après les dernières gelées.

Pour la camomille allemande : Cette annuelle se sème directement en place au printemps (avril-mai) après les gelées, ou à l’automne (septembre) dans les régions douces. D’abord, émiettez finement la terre, puis semez à la volée ou en lignes espacées de 25 cm. Recouvrez à peine les graines (elles ont besoin de lumière pour germer), tassez légèrement et maintenez humide jusqu’à la levée (1-2 semaines). Finalement, éclaircissez à 15-20 cm entre chaque plant.

Si vous achetez des plants en godet en jardinerie, notez que la plantation se fait du printemps à l’automne, avec un arrosage régulier les premières semaines.

Entretien minimal et arrosage

Plante sobre par excellence, celle-ci réclame peu de soins. Voici les gestes essentiels :

Arrosage : Modéré. Arrosez régulièrement la première année pour favoriser l’enracinement, puis laissez la pluie faire son œuvre. Toutefois, en cas de sécheresse prolongée (plus de 2 semaines sans pluie), un arrosage hebdomadaire suffit amplement. Notez que la variété allemande, plus haute, apprécie un sol frais mais jamais détrempé.

Désherbage : Désherbez autour des plants les premières semaines, le temps qu’ils s’installent correctement. Une fois bien développée, cette vivace étouffe naturellement les adventices grâce à son système racinaire dense (romaine) ou à sa croissance rapide (allemande).

Suppression des fleurs fanées : Coupez régulièrement les capitules secs pour stimuler la production de nouvelles fleurs et prolonger la floraison. Néanmoins, si vous souhaitez que la variété allemande se ressème spontanément, laissez quelques fleurs monter en graines en fin de saison.

Taille d’automne : Pour la variété romaine, rabattez les tiges à 5 cm du sol en octobre-novembre. Elle repartira ainsi vigoureusement au printemps suivant.

Culture en pot sur balcon

Bonne nouvelle pour les jardiniers urbains : cette plante se cultive parfaitement en pot ! Choisissez un contenant d’au moins 20 cm de diamètre et 20 cm de profondeur, percé au fond. Utilisez ensuite un terreau léger pour plantes aromatiques, éventuellement allégé avec 20% de sable.

Placez le pot au soleil (sud ou sud-ouest) et arrosez dès que la terre sèche en surface, sans jamais laisser d’eau stagner dans la soucoupe. Plus compacte, la variété romaine est particulièrement adaptée à la culture en pot. Par conséquent, fertilisez légèrement une fois par mois avec un engrais pour plantes fleuries dilué de moitié.

En hiver, notez que la variété romaine en pot résiste au gel jusqu’à -10°C si le pot est protégé (bulle plastique, voile d’hivernage). Quant à la variété allemande, elle gèlera mais se ressèmera au printemps si vous laissez quelques graines tomber.

Récolter la camomille au bon moment

Moment privilégié du jardinier, la récolte détermine la qualité aromatique de vos futures infusions. D’une part, un bon timing garantit des fleurs riches en composés aromatiques. D’autre part, une technique appropriée préserve toutes les saveurs.

Le bon moment de récolte : juin à octobre

Selon les variétés et le climat, cette plante fleurit de juin à octobre. Ainsi, la variété romaine produit ses premières fleurs en juin-juillet, avec une floraison qui s’étale jusqu’en septembre. Quant à la variété allemande, plus tardive, elle fleurit de juillet à octobre, avec un pic notable en août.

Le stade optimal de récolte intervient lorsque les fleurs sont complètement épanouies mais encore fraîches : les pétales blancs bien déployés autour d’un cœur jaune bombé et éclatant. Évitez donc de récolter trop tôt (fleurs en bouton = arômes incomplets) ou trop tard (fleurs brunissantes = arômes dégradés).

Capitules de camomille prêts à être récoltés

Cueillir au bon stade d’épanouissement

Observez attentivement vos plants : chaque capitule s’ouvre progressivement sur plusieurs jours. Récoltez donc les fleurs individuellement dès qu’elles atteignent leur plein épanouissement. Pour la variété allemande, vous reconnaîtrez le bon moment quand les pétales blancs commencent à pointer légèrement vers le bas (2-3 jours après l’ouverture complète).

Astuce de vieilles jardinières : Pressez légèrement le cœur jaune entre vos doigts. S’il est ferme et rebondit, c’est parfait. En revanche, s’il est mou ou s’enfonce, la fleur est trop mûre.

Méthode de cueillette : matin ou après-midi ?

Selon la sagesse populaire, il convient de récolter le matin, après évaporation de la rosée mais avant que le soleil ne soit trop chaud (idéalement entre 9h et 11h). À ce moment précis, les huiles essentielles sont maximalement concentrées dans les fleurs et n’ont pas encore été volatilisées par la chaleur du jour.

Technique de cueillette :

  1. D’abord, pincez la tige florale à 2-3 cm sous le capitule avec vos doigts (ou utilisez des ciseaux propres)
  2. Ensuite, détachez uniquement la tête florale (capitule), sans les tiges vertes qui apportent de l’amertume
  3. Puis, déposez délicatement les fleurs dans un panier à fond plat, sans les tasser
  4. Enfin, évitez de récolter après une pluie ou par temps humide (risque de moisissures au séchage)

Une touffe de variété allemande bien développée peut produire 50 à 100 capitules par saison. Quant à la variété romaine, plus modeste, elle offre 20 à 40 fleurs par pied, mais refleurit plusieurs années.

Séchage et conservation des fleurs de camomille

Un séchage bien conduit préserve les arômes délicats et les propriétés de cette plante. Trop rapide ou mal ventilé, il risque de brunir les fleurs et d’altérer leur qualité. C’est pourquoi il convient de suivre quelques règles simples mais essentielles.

Méthode de séchage naturel

Le séchage à l’air libre reste la méthode traditionnelle la plus respectueuse des arômes. Voici comment procéder :

Étape 1 : Triez votre récolte. Éliminez les fleurs abîmées, les insectes, les brindilles. Surtout, ne lavez pas les fleurs (l’humidité complique le séchage et dilue les arômes).

Étape 2 : Étalez les capitules en fine couche sur un plateau, une grille ou un tissu propre (évitez le papier journal, l’encre peut migrer). Important : les fleurs ne doivent pas se toucher pour éviter les moisissures.

Étape 3 : Placez le plateau dans un endroit présentant ces caractéristiques :

  • D’abord, un environnement sec (humidité relative inférieure à 60%)
  • Ensuite, une bonne ventilation (circulation d’air constante, fenêtre entrouverte)
  • Puis, un espace sombre ou à l’ombre (la lumière directe décolore et dégrade les composés aromatiques)
  • Enfin, une température tempérée (18-25°C idéalement)

Un grenier aéré, un cellier ou une pièce peu utilisée conviennent parfaitement. Évitez néanmoins la cave (trop humide) et le plein soleil (trop brutal).

Étape 4 : Retournez délicatement les fleurs une fois par jour pour un séchage homogène.

Durée : Comptez 3 à 7 jours selon l’humidité ambiante. Les fleurs sont prêtes lorsqu’elles sont craquantes au toucher et se désagrègent facilement entre les doigts. Le cœur jaune doit alors être dur comme du bois.

Méthode alternative (petites quantités) : Suspendez de petits bouquets de tiges fleuries tête en bas dans un endroit sec et sombre. Cette méthode convient surtout à la variété allemande dont les tiges sont plus longues.

Contenants et durée de conservation

Une fois parfaitement sèches, transférez immédiatement vos fleurs dans un contenant hermétique pour éviter qu’elles ne se réhydratent au contact de l’air ambiant.

Contenants idéaux :

  • Premièrement, les bocaux en verre teinté (ambré ou vert) à couvercle vissé
  • Deuxièmement, les boîtes métalliques à fermeture étanche
  • Troisièmement, les sachets kraft doublés papier aluminium (type sachets à thé)

Évitez en revanche les sachets plastique transparents qui laissent passer la lumière et l’humidité.

Conditions de stockage :

  • Avant tout, à l’abri de la lumière (placard fermé)
  • Ensuite, au sec (évitez la cuisine où l’humidité varie)
  • Enfin, à température ambiante stable (15-20°C)

Durée de conservation : Comptez 6 à 12 mois pour une qualité optimale. Au-delà, les arômes s’estompent progressivement mais les fleurs restent consommables. Jetez néanmoins celles qui auraient moisi (taches noires, odeur de renfermé) ou perdu toute leur couleur.

Comment reconnaître une camomille bien séchée

Une récolte correctement séchée présente ces caractéristiques :

  • D’abord, des pétales blancs ou blanc crème (jamais bruns)
  • Ensuite, un cœur jaune vif à doré (jamais terne ou gris)
  • Puis, une texture craquante (qui casse net, ne se plie pas)
  • De plus, un parfum prononcé quand on froisse les fleurs
  • Enfin, aucune trace d’humidité ou de moisissure

Si vos fleurs sont molles, grises ou sentent le moisi, le séchage a échoué (trop lent, trop humide). Dans ce cas, compostez-les et recommencez avec la prochaine récolte.

Préparer une infusion de camomille

Après tout ce travail au jardin, place au plaisir de la dégustation ! Une infusion maison n’a rien à voir avec un sachet industriel : les arômes sont plus fins, plus complexes, plus vivants.

Infusion de camomille prête à déguster

Dosage et temps d’infusion

Dosage classique :

  • Premièrement, 1 cuillère à soupe bombée de fleurs séchées (environ 3-4 capitules entiers) pour 250 ml d’eau
  • Soit environ 2 g de fleurs séchées par tasse

Pour une infusion plus douce : Réduisez à 1 cuillère à café rase.
Pour une infusion plus prononcée : Montez à 1,5 cuillère à soupe.

Temps d’infusion :

  • Ainsi, 5 minutes donnent une infusion douce, florale, légèrement sucrée
  • Tandis que 7-8 minutes produisent une infusion équilibrée (recommandé)
  • Enfin, 10 minutes résultent en une infusion corsée, plus amère (surtout pour la romaine)

Couvrez la tasse ou la théière pendant l’infusion pour éviter que les composés aromatiques volatils ne s’échappent avec la vapeur.

Température de l’eau idéale

Contrairement au thé vert qui exige des températures précises, cette plante tolère l’eau bouillante. Cependant, pour préserver les arômes les plus délicats, 95°C (eau qui vient de bouillir, retirée du feu 30 secondes) donne les meilleurs résultats.

Méthode :

  1. D’abord, faites bouillir de l’eau fraîche (évitez l’eau longtemps bouillie qui perd son oxygène)
  2. Ensuite, retirez du feu et attendez 30 secondes
  3. Puis, versez sur les fleurs
  4. Après cela, couvrez et laissez infuser 7-8 minutes
  5. Enfin, filtrez et dégustez

Cette infusion se déguste nature pour apprécier ses subtilités florales. Cependant, une pointe de miel d’acacia ou de châtaignier s’harmonise bien avec son profil aromatique.

Associations aromatiques : menthe, verveine, mélisse

Cette plante se marie merveilleusement avec d’autres végétaux du jardin pour créer des infusions composées :

Association camomille-menthe (50/50) : Fraîcheur mentholée + douceur florale. Idéal après un repas copieux. La menthe apporte ainsi du peps à la rondeur florale.

Association camomille-verveine (60/40) : Double effet apaisant, parfait pour les soirées. La verveine citronnée rehausse alors les notes florales avec ses accents d’agrumes.

Association camomille-mélisse (50/50) : Alliance délicate et ronde. Deux plantes du même registre aromatique qui se renforcent mutuellement.

Association camomille-tilleul (40/60) : L’infusion du soir par excellence. Des profils complémentaires (floral + miellé).

Association camomille-lavande (70/30) : Attention, la lavande est puissante ! Utilisez-la donc avec parcimonie. Le résultat est très aromatique et provençal.

Vous pouvez également ajouter une rondelle de citron frais, un bâton de cannelle, ou quelques graines de fenouil pour varier les plaisirs. Pour en savoir plus sur les propriétés des plantes aromatiques, consultez ce guide complet sur Passeport Santé.

La camomille dans l’histoire et les traditions

Cette plante traverse les siècles et les civilisations avec une constance remarquable. Son histoire nous éclaire sur la place qu’occupaient les plantes aromatiques dans les cultures anciennes.

Antiquité : Grèce, Égypte et Rome

En Grèce antique, cette fleur était dédiée au dieu soleil Hélios en raison de ses capitules rayonnants. Les médecins grecs comme Dioscoride (Ier siècle) mentionnaient déjà la plante dans leurs traités de matière médicale. D’ailleurs, le nom grec khamaimelon signifie littéralement « pomme de terre » (khamai = à terre, melon = pomme), en référence à son parfum de pomme et à sa petite taille rampante.

Les Égyptiens vouaient un culte particulier à cette plante qu’ils associaient au dieu Râ. Des traces de fleurs ont été retrouvées dans des tombes pharaoniques, notamment celle de Ramsès II. Les Égyptiennes utilisaient l’infusion pour ses vertus cosmétiques, notamment pour adoucir la peau et éclaircir les cheveux.

L’Empire romain répandit ensuite la culture de cette plante dans toute l’Europe à mesure de ses conquêtes. Les légionnaires transportaient des graines et la plantaient sur leurs routes. L’agronome romain Pline l’Ancien (Ier siècle) décrivait plusieurs usages traditionnels, tant en infusion qu’en application externe.

L’origine du nom « camomille romaine »

Au XVIe siècle, un moine botaniste italien redécouvrit de vastes champs sauvages poussant autour de Rome, dans la campagne romaine. Il la baptisa alors Chamaemelum nobile romanum, d’où le nom français « camomille romaine » qui perdure jusqu’à aujourd’hui.

La plante fut ensuite largement cultivée dans les jardins monastiques italiens, puis français et anglais. Au XVIIe siècle, elle gagne ses lettres de noblesse : systématiquement plantée dans les jardins de simples des abbayes et des châteaux. Le célèbre herboriste anglais Nicholas Culpeper (1616-1654) lui consacre d’ailleurs plusieurs pages dans son Complete Herbal.

La camomille dans l’herboristerie européenne

Du Moyen Âge jusqu’au XIXe siècle, cette plante occupait une place centrale dans l’herboristerie européenne. Chaque jardin paysan, chaque jardin de curé possédait alors son carré dédié. Les herboristes la prescrivaient couramment, tandis que les familles la préparaient en infusion domestique pour accompagner les petits maux du quotidien.

Note importante : Ces usages traditionnels reflètent les pratiques historiques de nos ancêtres mais ne constituent pas des allégations de santé validées scientifiquement. Aujourd’hui, la plante est appréciée avant tout pour son profil aromatique délicat et son rituel réconfortant.

La camomille allemande (Matricaria), quant à elle, doit son nom à son usage traditionnel lié à la maternité (du latin matrix = utérus), d’où son autre nom de « matricaire ». Elle était très présente dans les pharmacopées germaniques et d’Europe centrale.

Au XIXe siècle, avec l’essor de la chimie moderne, les scientifiques isolèrent plusieurs composés aromatiques (chamazulène, apigénine, bisabolol), ce qui suscita un regain d’intérêt. Mais les allégations qui en découlèrent ne sont aujourd’hui plus autorisées dans le cadre commercial en Europe, conformément à la réglementation sur les allégations nutritionnelles et de santé.

De nos jours, cette plante reste l’une des plus cultivées au monde, principalement pour l’industrie des infusions et de la cosmétique. L’Égypte, l’Allemagne, la Hongrie et la France sont parmi les principaux producteurs.

Questions fréquentes sur la camomille

❓ Quelle est la différence entre camomille romaine et allemande ?

La camomille romaine (Chamaemelum nobile) est vivace, basse (10-30 cm), avec un goût plus amer. La camomille allemande (Matricaria chamomilla) est annuelle, plus haute (40-90 cm), avec un goût plus doux et fruité. Les deux appartiennent à la famille des Astéracées mais ont des profils aromatiques différents. La romaine refleurit chaque année, tandis que l’allemande doit être ressemée (ou se ressème spontanément).

❓ Quand récolter les fleurs de camomille ?

Récoltez les fleurs de camomille lorsqu’elles sont complètement épanouies, généralement de juin à octobre selon les variétés. Le meilleur moment est le matin après évaporation de la rosée, avant que le soleil ne soit trop chaud (9h-11h). Cueillez les capitules floraux (têtes) sans les tiges, au stade où les pétales blancs sont bien déployés autour d’un cœur jaune éclatant.

❓ Comment sécher et conserver la camomille ?

Étalez les fleurs en fine couche sur un plateau, dans un endroit sec, ventilé et à l’abri de la lumière directe. Le séchage prend 3-7 jours. Une fois sèches (elles se brisent facilement entre les doigts), conservez-les dans un bocal hermétique en verre teinté ou une boîte métallique, au sec et à l’abri de la lumière. Elles se conservent 6-12 mois en gardant une qualité aromatique optimale.

❓ Peut-on cultiver la camomille en pot ?

Oui, la camomille pousse très bien en pot (minimum 20 cm de diamètre et de profondeur). Utilisez un terreau léger bien drainé, placez le pot au soleil (6h minimum par jour), et arrosez régulièrement sans excès. La camomille romaine est particulièrement adaptée à la culture en pot grâce à sa taille compacte et son caractère vivace. Fertilisez légèrement une fois par mois pendant la floraison.

❓ La camomille présente-t-elle des contre-indications ?

Les personnes allergiques aux plantes de la famille des Astéracées (marguerite, tournesol, pissenlit, arnica, armoise) peuvent présenter des réactions allergiques à la camomille (démangeaisons, éruptions cutanées, troubles respiratoires). En cas de doute, consultez un professionnel de santé. Les femmes enceintes ou allaitantes devraient demander l’avis de leur médecin avant consommation régulière. La camomille peut également interagir avec certains médicaments (anticoagulants, sédatifs).

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Conclusion

Cultiver sa propre camomille au jardin est à la portée de tous : cette plante rustique demande peu d’entretien et offre une récolte généreuse de fleurs parfumées de juin à octobre. Que vous choisissiez la camomille romaine vivace pour sa pérennité ou l’allemande annuelle pour sa production abondante, vous apprécierez la simplicité de sa culture et la délicatesse de ses arômes.

Après un séchage soigné à l’ombre, dans un endroit sec et ventilé, vous disposerez d’infusions maison pour toute l’année. Le rituel de la récolte matinale, le parfum des fleurs qui sèchent dans la maison, puis la première tasse fumante tirée de votre propre production : voilà des plaisirs simples qui reconnectent au rythme des saisons.

Et vous, cultivez-vous déjà la camomille dans votre jardin ? Romaine ou allemande ? Partagez vos astuces de culture et vos recettes d’infusions préférées en commentaire !

Thé-Passion

View Comments

  • Bonjour, je me permet une suggestion, il me semble important de distinguer les camomille, vous mélangez la matricaire Matricaria recutita ou Chamomilla recutita appellée camomille allemande avec l'Anthemis nobilis ou Chamaemelum nobile ou camomille romaine/noble, alors que ce sont deux plantes distinctes, même si c'est vrai que leur propriétés sont très proches,et elles ont chacune leur huile essentielle traitant des maux différents.

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