Le thé est bien plus qu’une boisson chaude : c’est un acteur de l’Histoire. En effet, il a provoqué des révolutions, traversé des guerres, inspiré des inventions et façonné des cultures entières. Pourtant, la plupart de ces histoires restent méconnues, même des amateurs les plus passionnés. Saviez-vous qu’une guerre en Crimée est à l’origine du thé à la menthe marocain ? Que le thé glacé est né d’un coup de chaleur à Saint-Louis en 1904 ? Que l’Inde doit ses jardins de Darjeeling à un botaniste déguisé en mandarin chinois ? Dans cet article, découvrez dix anecdotes sur le thé qui ont marqué l’histoire du monde. Également, retrouvez notre sélection de thés liés à chacune de ces histoires.

📚 Sommaire
- → 1. Comment le thé est-il arrivé en Russie ?
- → 2. Le thé à la menthe né d’une guerre
- → 3. Ceylan : du café au thé par accident
- → 4. Le Boston Tea Party et la révolution américaine
- → 5. L’invention de l’Earl Grey
- → 6. Pourquoi ajouter du lait dans le thé ?
- → 7. L’invention du thé glacé
- → 8. L’invention du thé en sachet
- → 9. Le thé indien né d’un larcin
- → 10. Le thé en Europe : les Portugais avant les Anglais
- → Questions fréquentes
1. Comment le thé est-il arrivé en Russie ?

Le thé fait son entrée à la cour impériale de Russie en 1638, sous le règne de Michel Ier. Lors d’un échange diplomatique, le tsar offrit de précieuses fourrures au Khan Altyn de Mongolie. En retour, il reçut des caisses remplies de feuilles de thé. D’abord froissé par ce cadeau inattendu, le tsar changea d’avis lorsqu’un émissaire du Khan lui enseigna l’art de la préparation. Conquis, il fit découvrir le thé à sa cour, qui en adopta rapidement la consommation.
Ensuite, les marchands russes propagèrent le thé au sein du peuple. En effet, les Russes avaient depuis longtemps pour habitude de boire de l’eau chaude parfumée de miel et d’épices pour affronter les hivers rigoureux. Le thé s’intégra naturellement à cette tradition. Pour le préparer, ils utilisaient un Skipeïnik, un réservoir d’eau chauffé sur des braises. C’est l’ancêtre direct du samovar, apparu en 1730.
Le samovar, dont le nom signifie « qui bout toute l’année », propose une méthode de préparation unique. Le récipient principal porte l’eau à ébullition. Au sommet, une petite théière renferme une liqueur de thé très concentrée. Ainsi, chaque convive se sert de la liqueur dans sa tasse, puis l’allonge d’eau chaude selon ses goûts. C’est un système ingénieux qui permet à chacun d’ajuster la force de son thé.
2. Le thé à la menthe né d’une guerre en Crimée

Comment le thé a-t-il voyagé des montagnes chinoises jusqu’aux dunes marocaines ? Pour le comprendre, il faut remonter au milieu du XIXe siècle. De 1853 à 1856, la guerre de Crimée oppose l’Empire russe à une alliance formée de la France, du Royaume-Uni, de l’Empire ottoman et du Royaume de Sardaigne.
Pendant ce conflit, les navires britanniques sont contraints de stationner à Gibraltar. Cette enclave fait face aux côtes marocaines. La situation est idéale pour un commerce florissant. En effet, du thé est vendu au Sultan et à son entourage, et le succès ne se fait pas attendre. Les Marocains avaient déjà pour coutume de déguster de la menthe infusée dans de l’eau chaude en hiver. Par conséquent, il fut naturel d’y ajouter des feuilles de thé vert Gunpowder. Dès 1856, un traité de commerce est signé, marquant le début d’une longue histoire entre le Maroc et le thé.
Aujourd’hui, le Maroc reste l’un des plus grands importateurs de thé vert au monde. Près de trois kilos y sont consommés annuellement par habitant, principalement sous forme de thé à la menthe préparé avec du Gunpowder Bio Premium ou du Gunpowder Spécial.
3. Ceylan : du café au thé grâce à un champignon

Si le Sri Lanka est aujourd’hui l’un des principaux exportateurs de thé au monde, rien ne l’y prédestinait. Cette île, nommée Ceylan jusqu’en 1972, passa successivement sous domination portugaise, hollandaise puis britannique. La culture du café y était alors extrêmement florissante.
Toutefois, au milieu du XIXe siècle, un champignon parasite décima les caféiers, réduisant les espoirs de richesse des planteurs. La terre était infestée et il était impossible de replanter. C’est alors qu’un Écossais du nom de James Taylor décida d’y acclimater des théiers venus d’Inde et de Chine. Le pari était osé, mais il réussit. Bientôt, l’île se couvrit de Camellia sinensis et les affaires reprirent.
En 1890, le célèbre Sir Thomas Lipton acquit des plantations sur l’île. Également fin marketeur, il confectionna son propre thé et le vendit directement aux consommateurs avec des slogans percutants comme « De la plantation à la tasse ». Aujourd’hui, le thé noir Ceylan Ruhunu OP1 perpétue cette tradition d’excellence née d’un heureux accident.
4. Le Boston Tea Party : une révolution au goût de thé

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les caisses de la Couronne britannique sont vides. La guerre de Sept Ans a ruiné le pays. Pour renflouer les finances, le roi George III décide d’augmenter substantiellement les taxes dans les colonies. Le thé, très fortement consommé dans le Nouveau Monde, subit l’une des taxes les plus lourdes. Par conséquent, il cristallise les tensions entre colons et Londoniens.
Le Stamp Act de 1765 et le Townshend Act de 1767 sont particulièrement décriés. En effet, les colons n’étant pas représentés au Parlement, ils refusent d’être taxés, revendiquant le principe du No Representation, No Taxation. John Hancock organise alors un boycott du thé vendu par la Compagnie anglaise des Indes Orientales. La contrebande s’organise et les finances anglaises sombrent.
En riposte, le gouvernement proclame le Tea Act, qui exonère la Compagnie de taxes. Elle devient alors plus compétitive que les marchands indépendants. La colère éclate le 16 décembre 1773 quand trois navires britanniques mouillent dans le port de Boston. Soixante hommes, grimés en Amérindiens et surnommés les « Fils de la Liberté », montent à bord et jettent les caisses de thé par-dessus bord. Cet événement, resté célèbre sous le nom de Boston Tea Party, est l’un des déclencheurs de la guerre d’indépendance américaine trois ans plus tard.
5. L’invention de l’Earl Grey : une bergamote dans la tasse

Qui n’a jamais débuté sa journée avec un Earl Grey ? Pourtant, l’origine de ce thé emblématique reste méconnue. Nous sommes en Angleterre, dans la première moitié du XIXe siècle. Le Comte Charles Grey (Earl Grey en anglais) est un grand amateur de thé. Un jour, il reçoit un cadeau inhabituel : une bergamote. Cet agrume étant très peu connu à l’époque, notre comte ne sait qu’en faire. Il décide alors d’en découper une tranche et de la plonger dans sa tasse de thé noir.
Devenu Premier Ministre de Grande-Bretagne en 1830, la recette se popularise. Twinnings fut le premier à la commercialiser, mélangeant du thé de Chine, de Ceylan et de Darjeeling. Le mélange incluait également une pointe de Lapsang Souchong pour ses arômes légèrement fumés. Toutefois, Jacksons of Piccadilly proclama avoir reçu la recette de la main du Comte lui-même. Cette rivalité persiste encore aujourd’hui, bien que les deux entreprises appartiennent désormais au même groupe.
Chez Thé-Passion, notre Earl Grey Darjeeling Royal rend hommage à cette tradition en mariant la bergamote de Calabre à un Darjeeling d’exception.
6. Pourquoi ajouter du lait dans le thé ? Une idée française

Pour les puristes, ajouter du lait dans le thé est une hérésie. Pourtant, cette habitude est très largement répandue. Mais qui fut la première personne à déguster son thé avec un nuage de lait ? Pour le savoir, il faut quitter les terres britanniques et se rendre en France.
En effet, le thé fait une entrée remarquée en France au XVIIe siècle, conquérant de nombreux adeptes illustres. Mazarin, Madame de Sévigné et Scarron en furent les plus célèbres. Devant cet engouement, Louis XIV demanda à Colbert de créer la Compagnie Française des Indes Orientales. Ce fut chose faite en 1664, avec la création du port de Lorient (dont le nom d’origine, L’Orient, trahissait l’ambition).
À la même époque, Madame de la Sablière, haute dame de la Cour et grande amatrice de thé, possédait des services en porcelaine d’une extrême finesse. Toutefois, la chaleur du thé brisait ses tasses aussitôt servies. Elle eut alors l’idée ingénieuse de déposer quelques gouttes de lait tiède au fond de la tasse avant d’y verser le thé, afin d’amoindrir le choc thermique. Ainsi, elle protégea ses précieuses porcelaines et inventa, sans le savoir, une tradition qui traverserait les siècles.
7. L’invention du thé glacé : un coup de génie sous la canicule

Aujourd’hui, le thé glacé est une boisson universelle. Pourtant, son apparition dans l’histoire du thé est relativement récente. Nous sommes à l’Exposition universelle de Saint-Louis, aux États-Unis, en 1904. La chaleur est écrasante et les visiteurs déambulent de stand en stand, accablés.
Richard Blechynden, commerçant de thé américain, se désespère. Personne ne s’arrête à son échoppe où fume l’eau bouillonnante. Par conséquent, il prend une décision audacieuse : il refroidit son thé infusé en y plongeant de nombreux glaçons. Puis il propose aux passants cette boisson fraîche et désaltérante. Le succès est fulgurant. On se presse de toutes parts pour déguster ce breuvage frais et savoureux.
Cet engouement n’était que la prémisse d’une vague de consommation qui déferle toujours. Aujourd’hui, le thé glacé représente une part considérable de la consommation mondiale de thé. Ainsi, d’un coup de génie né de la nécessité est née l’une des boissons les plus populaires au monde.
8. L’invention du thé en sachet : un accident commercial
Nous devons cette invention à Thomas Sullivan, importateur de thé new-yorkais, au début du XXe siècle. En 1910, il eut l’idée d’échantillonner ses thés pour les faire découvrir à de potentiels acheteurs. Il conditionna alors de petites quantités dans des sachets de soie, que les clients pouvaient plonger directement dans l’eau chaude.
En réalité, Sullivan n’avait pas imaginé que les clients utiliseraient les sachets tels quels. Les sachets de soie étaient censés être ouverts et le thé versé dans une théière. Toutefois, les acheteurs trouvèrent plus pratique de plonger le sachet entier dans la tasse. Le succès fut immédiat.
Ainsi, le thé en sachet est né d’un malentendu devenu standard industriel. Néanmoins, le thé en vrac reste incomparablement supérieur en qualité. Les feuilles entières ont besoin d’espace pour se déployer et libérer tous leurs arômes, ce qu’un sachet classique ne permet pas. C’est pourquoi les amateurs privilégient toujours le thé en vrac avec un bon filtre.
9. Le thé indien : le fruit d’un larcin botanique

La culture du thé en Inde fut impulsée par les Britanniques. Vers 1830, l’Écossais Robert Bruce découvrit un arbre similaire au Camellia sinensis dans la région d’Assam. Cependant, c’est à un autre Robert que revient le mérite d’avoir lancé la culture du thé en Inde : Robert Fortune, botaniste de formation.
Mandaté par la Royal Horticultural Society, Fortune entreprit un voyage en Chine pour percer les secrets de la culture du thé. Déguisé en mandarin chinois, il arpenta l’Empire du Milieu des mois durant. À chaque étape, il acheta des plants de théiers qu’il expédia à Calcutta par voie maritime. Toutefois, aucun d’entre eux ne survécut au voyage.
Ce premier échec ne le découragea pas. En 1848, il repartit en Chine et cette fois, il déroba purement et simplement des milliers de plants qu’il protégea soigneusement pour le transport. L’entreprise réussit. Fortune créa deux jardins en Darjeeling, sur les flancs de l’Himalaya : Puttabong et Tukvar. Ces jardins sont toujours en activité et produisent certains des thés les plus réputés au monde. Ainsi, l’industrie du thé indien est née d’un larcin botanique à grande échelle.
10. Le thé en Europe : les Portugais avant les Anglais

Le thé est indissociable de l’image du Tea time britannique. Pourtant, les Anglais ne furent pas les premiers Européens à le découvrir. Marco Polo est le premier à en faire mention (en des termes peu élogieux). Cependant, ce sont les Portugais qui, les premiers, en ramenèrent des cargaisons de leur comptoir de Macao.
En 1662, la princesse portugaise Catherine de Bragance épouse le roi Charles II d’Angleterre. Elle lui fait découvrir, ainsi qu’à toute la Cour, le rituel du Five O’Clock. L’Angleterre s’éprend rapidement de cette boisson nouvelle, accompagnée de marmelade à l’orange. De plus, dans sa dot, la princesse offre les villes de Tanger et de Bombay, ouvrant ainsi la route des Indes aux Britanniques.
Par conséquent, l’hégémonie britannique dans le domaine du thé doit énormément au Portugal. Sans cette alliance matrimoniale, l’histoire du thé en Europe aurait sans doute pris un chemin très différent. C’est l’une des anecdotes sur le thé les plus ironiques : la nation du Tea time doit sa passion au pays du café.
🍵 Envie de goûter les thés de ces anecdotes ?
Earl Grey à la bergamote, Gunpowder du thé à la menthe, Lapsang Souchong fumé ou Ceylan de l’île de James Taylor : chaque thé porte en lui une histoire fascinante. Découvrez-les dans votre tasse.
Questions fréquentes sur l’histoire du thé
❓ Quelle est l’origine du Boston Tea Party ?
Le Boston Tea Party eut lieu le 16 décembre 1773 dans le port de Boston. Des colons américains, déguisés en Amérindiens, jetèrent des caisses de thé britannique par-dessus bord pour protester contre les taxes imposées sans représentation parlementaire. En effet, cet événement est l’un des déclencheurs de la guerre d’indépendance américaine.
❓ Comment le thé à la menthe est-il arrivé au Maroc ?
Le thé à la menthe marocain est né pendant la guerre de Crimée (1853-1856). Des navires britanniques stationnant à Gibraltar vendirent du thé aux Marocains, qui ajoutèrent des feuilles de Gunpowder à leur tradition de menthe infusée. Par conséquent, un traité de commerce fut signé en 1856, ancrant cette habitude devenue emblématique.
❓ Qui a inventé le thé en sachet ?
Thomas Sullivan, importateur de thé new-yorkais, inventa accidentellement le thé en sachet en 1910. Il envoyait des échantillons dans des sachets de soie. Toutefois, ses clients les plongeaient directement dans l’eau chaude au lieu de les ouvrir. Le malentendu devint une invention mondiale.
❓ Pourquoi le Sri Lanka produit-il du thé alors qu’il cultivait du café ?
Au XIXe siècle, un champignon parasite décima les caféiers de l’île de Ceylan (aujourd’hui Sri Lanka). L’Écossais James Taylor décida alors d’y acclimater des théiers venus d’Inde et de Chine. Ainsi, ce qui semblait être une catastrophe devint une opportunité. Le Sri Lanka est aujourd’hui l’un des plus grands exportateurs de thé au monde.
❓ Les Anglais ont-ils été les premiers Européens à boire du thé ?
Non. Les Portugais furent les premiers à ramener du thé en Europe depuis leur comptoir de Macao. En 1662, la princesse portugaise Catherine de Bragance épousa le roi Charles II d’Angleterre et lui fit découvrir le thé. De plus, elle offrit Bombay dans sa dot, ouvrant la route des Indes. L’Angleterre doit donc sa passion du thé au Portugal.
L’histoire du thé continue dans votre tasse
Chaque tasse de thé porte en elle des siècles d’histoire. Du samovar russe au Boston Tea Party, de la bergamote de Lord Grey aux plantations de Ceylan, ces anecdotes sur le thé rappellent que notre boisson préférée a façonné le monde bien au-delà de nos tasses. La prochaine fois que vous dégusterez un Gunpowder, un Earl Grey ou un Darjeeling, vous saurez que vous tenez entre vos mains un morceau d’Histoire.
Et vous, quelle anecdote sur le thé vous a le plus surpris ? Connaissez-vous d’autres histoires méconnues ? Partagez-les en commentaire !